Univers Manchettellesque

La couleur de peau est un détail auquel la pensée universelle ne doit jamais s’arrêter !

17
juin 2011
A une Malabaraise.
Posté dans Liens par vanmanchette à 10:32 | Pas de réponses »

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Me revoilà. Voici ce qu’aurait pu être mon intervention à cette parenthèse de poésie où Nicolas et Raphaële DE LA FORTELLE avaient le beau rôle:

Je vous remercie pour cette tendre branche de l’arbre à palabres que vous me tendez !

Charles Baudelaire est, sans conteste, l’un des plus illustres poètes que la France ait jamais connus, d’autant plus qu’il est mon mentor et que son œuvre a eu une incidence grave dans ma propre création poétique.

Je parle d’un mentorat au sens figuré vous vous doutez bien, à moins d’en être la réincarnation, je n’eusse été son filleul naturel !

J’ai été charmé par le poème « à une Malabaraise » cueilli dans le jardin des Fleurs du mal.

Je ne voudrais pas faire une analyse esthétique et méticuleuse de ce poème mais daignez pardonner à un quidam de l’aborder sous le prisme d’un Africain qui perçoit la France comme un Eldorado.

A l’abordage, ce poème apparaît comme est un hymne à l’exotisme et un prétexte malin pour mieux dénoncer la misère qui sévit en France à cette époque.

Il nous permet de mettre en lumière le problème de l’immigration, un thème peu abordé, ce qui souligne le caractère engagé, tatillon, insolent, singulier, futuriste même du poète.

Les moyens de transport des clandestins, on le voit, n’ont guère beaucoup évolué ; l’auteur évoque la voie des mers qui aujourd’hui continue à faire beaucoup de naufragés aux larges de Lampedusa, Ceuta et Melilla sous l’œil indifférent de la communauté internationale.

Charles aide à déseldoraliser l’idéal que les tiers-mondistes se font d’une France paradisiaque et fait malicieusement rimer France et souffrance, comme si la France était en fait une apocope  de la souffrance ! Ce qui exigeait un courage insolent. Qui mieux que Baudelaire pouvait assumer cette mission ?

Tantôt il fait apparaître la femme sous les traits d’une esclave affairée aux soins de son maître (ta tâche est d’allumer la pipe de ton maître), tantôt il lui rend sa liberté.

Il parle d’elle comme ayant un maître et lui reconnaît la liberté d’aller où elle veut (tout le jour, où tu veux, tu mènes tes pas nus), y compris même d’émigrer en France.

Cette contradiction volontaire nous met sur la piste d’une mentalité esclavagiste et machiste de la gent masculine qui voit en la femme un objet de servitude et prévient la candidate à l’exil des dangers auxquels elle pourrait être exposée, à savoir la mendicité et la prostitution qu’il évoque  d’ailleurs avec beaucoup de pudeur pour ne pas faire perdre à cette femme sa dignité, cette femme qui a des charmes étranges.

Ici le mot « étranges » n’est pas fortuit. Il est polysémique, évoquant à la fois le saisissement intriguant d’un ailleurs inconnu qu’il suscite et souligne l’extra-territorialité de la personne qui en est pourvue.

Les critiques pointent du doigt une narration inspirée des clichés, c’est vrai, mais la réalité têtue fait que l’on puisse reconnaître à Charles Baudelaire cette capacité à penser juste, même quand il affabule.

Et la contemporanéité de cette œuvre surprend autant qu’elle fascine.

PS : Je vous poste demain A une Malabaraise


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