Univers Manchettellesque

La couleur de peau est un détail auquel la pensée universelle ne doit jamais s’arrêter !

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Archive pour décembre, 2017


Un expresso s’il vous plaît !

6 décembre, 2017
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J’adore le café, vous savez. C’est ma boisson préférée au réveil après l’eau, bien sûr. Ça me donne du tonus.

Quand j’étais plus jeune, j’en prenais quasiment 3 tasses par jour en moyenne dont une assaisonnée au poivre noir indien.Au boulot, j’en prends aussi. Justement, en dehors des distributeurs automatiques qui rendent la monnaie sans la moindre civilité, nous avons une cafétéria où des femmes affables mettent des machines à contribution pour moudre le café. Je prends toujours l’expresso. Ce qu’il y a de touchant dans un expresso, c’est l’exigence même d’un service rapide mais bien fait de ce délicieux poison. Et c’est là tout le problème ! Il y a beaucoup de buveurs de café qui font la queue. Du coup, on a dressé deux files d’attente.

Une des deux files est toujours bondée de monde tandis que dans l’autre file, il n’y a pas grand monde. Tout le monde se range du côté de la file de droite, mettant celle de gauche en quarantaine. La fille de droite fait un meilleur café que la fille de gauche, disent les lèvres qui ont goûté aux deux recettes. L’autre, à côté, c’est de la fiole, du pipi de chat, complétez…

Au début, je faisais refaire à la donzelle mes expresso jusqu’à trois fois de suite parce que, entre nous, c’était vraiment infect ! A chaque fois, c’était pareil. Et elle prenait tout son temps ! Puis je commençais à aller dans la file de droite quitte à attendre plus longtemps. La fille de la file de droite connaissait mon numéro de badge, elle maîtrisait la puissance de feu que je voulais dans mon café, le PhP du sucre, l’acidité de l’arôme. Bref, tous les trucs que seuls George Clooney et moi connaissons. Cela me rassurait, me donnait le sentiment d’être un client à part. Comment dire… spécial !

Et comme un coucou remonté à bloc, je glissais quelques pièces dans le gobelet qui leur servait de pourboirium.

Puis un jour où j’avais vraiment besoin de prendre un café, j’ai attendu plus que d’habitude et pour éviter de me brouiller avec mon employeur pour dépassement de pause, je suis reparti sur ma position, alors que si je m’étais placé dans la file de gauche, j’aurais été servi bien avant. C’est là que ça a fait « tilt » dans ma tête. Au-delà même des soucis de rétivité, je me suis mis à raisonner plan de carrière. Je me suis rappelé qu’on m’avait aussi donné ma chance d’apprendre dans un environnement hostile, aux antipodes de ma formation littéraire où je pouvais faire des promenades de santé avec des muses et jouer avec des alexandrins avant de les pourfendre avec des hémistiches alambiqués.

Combien de fois je ne me suis pas planté ! Pendant combien de temps ne suis-je resté en mode « imbécile » ! Et si on ne m’avait pas donné ma chance, si personne n’avait misé sur mon potentiel et ma capacité à m’adapter à ce nouvel environnement, hein ?

Peu à peu, j’ai commencé à changer d’attitude envers cette fille. J’allais m’aligner avec les autres. Pas pour les mêmes raisons. Pas parce que j’étais pressé mais parce que je le ressentais comme un devoir de rendre le bien qui m’avait été fait à une personne qui avait besoin de mon aide. Je lui faisais des compliments à chaque progrès qu’elle faisait et elle me demandait si mon café me convenait. Petit à petit, elle a pris confiance en elle.

Quand j’ai voulu lui donner mon numéro de badge, elle m’a dit que ce n’était pas la peine car elle avait déjà débité mon solde et elle m’appelait par mon prénom !

J’ai réalisé que je ne connaissais même pas son prénom. C’est à peine si je répondais « bonjour » à ses salutations amicales avant de lancer sur un ton aristocratique «  un expresso, s’il vous plaît ! ». J’ai appris plus tard qu’elle s’appelait Fatima-Zahra.

Je suis content qu’elle se soit améliorée au fil du temps. Désormais, j’ai l’embarras du choix quand j’arrive à la cafétéria. Quand la file de droite est bondée, je bascule sur celle de droite et inversement. Peu importe qui fait mon café, je sais que je n’aurais pas à le recracher. Mais ça, les autres ne le savent pas.  C’est alors que cette maxime prend tout son sens : « si vous jugez un poisson à sa capacité à grimper sur un arbre, il passera toute sa vie à croire qu’il est incompétent alors que c’est un excellent Maître-nageur ! »

Le Djihad. Et si on en parlait ?

4 décembre, 2017
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Le Djihad.  Ça fait un moment que je voulais écrire là-dessus sans toutefois lier ce terme à un label religieux ni le réduire à sa plus simple expression.

Ce matin, en allant faire le tour des manèges imaginaires près du jardin public attenant au site de Casanearshore, j’ai assisté à un spectacle d’habitude hétérotopique que je m’employais à engager comme insecticide contre des miasmes morbides.

Un nuée de femmes ayant ajouté le voile comme accessoire sportif, portant des pantalons ou des djellabas qui ne laissent place à aucune imagination du domaine de la ceinture se font face en plein milieu du jardin, pas loin des balançoires où des enfants viennent taquiner la fraîcheur du vent qui caresse leurs cheveux pendant qu’ils s’élèvent vers le ciel immédiat.

Elles tiennent chacune un bout de bois de façon horizontale en levant les bras vers le ciel tout en suivant du regard leur monitrice. Elles enchaînent ensuite des moulinets tout en fléchissant les jambes et s’en vont faire le tour du terrain en trottinant.  Certaines sont jeunes, d’autres le sont beaucoup moins mais on sent qu’elles sont liées par une volonté farouche de vaincre quelque chose qui ressemble à une oppression.

La plupart sont boudinées, il est vrai. Ce qui me met sur la piste du sport. Mais levées si tôt le matin, ayant abandonné leurs foyers, sans doute. C’est qu’elles se sont accordé le droit à l’évasion. Le droit de bénéficier d’une pause m’ra, une pause entre femmes, à l’abri de la gent masculine, même si je dénombre environ 5 hommes parmi cette trentaine de femmes. Certaines d’entre elles se sont faites accompagner par leurs bourreaux d’Amour. Qu’importe ! Elles sont libres, sans artifices.  Pas besoin de montrer de jolies paires de Basket tout droit sorties de chez Nike, Rebook ou un autre temple de la mode sportive. Les habits qu’elles portent les rendent dignes et soignées. Elles se joignent à la cause environnementale en utilisant du matériel recyclable, comme ce bout de bois.

C’est finalement ça le Djihad : arriver à dépasser les conventions, sans complexe, prendre part à la communauté de l’humanité avec ses propres codes sans transgresser ses propres principes de vie. Prendre la vie avec simplicité sans rien lâcher de sa dignité. Le tout sans rien envier aux autres et en se contentant de ce que l’on a.

La vie a beaucoup à nous apprendre et avec si peu, on peut accomplir des prouesses.

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